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De nouvelles modes d’emploi ...

 
 

Raréfaction de l’emploi salarié, diminution des postes dans les différentes fonctions publiques et territoriales, augmentation du délais moyen de retour à l’emploi, recours au chômage partiel et à la flexibilité horaires dans le domaine industriel, remise en cause de la durée légale du temps de travail, … les différents Plan d'urgence pour l'emploi n’y font pour l’instant rien : la France continue de détruire plus d’emploi salarié qu’elle n’en créée. 74 000 postes dans le secteur marchand ont ainsi, selon l'Insee, étaient détruits en 2014. Un chiffre en-dessous des estimations, qui ne devrait guère être meilleur en 2015, ni forcément en 2016.

Le travail occupe pourtant une place prépondérante dans la société, si bien que de nombreuses personnes se définissent à travers la fonction qu’elles occupent. Une marque de reconnaissance, un statut social valorisant pour celles et ceux ayant la chance d’être en activité. A condition d’exercer le job désiré. Et de préférence en temps complet : près d’1 salarié français sur 3 n’est pas employé à temps plein, faute d’avoir trouvé mieux. Ce que l’on nomme le temps partiel « subi ».
Même si les ¾ des salariés sont encore en Contrat à Durée Indéterminée, la tendance diminue d’années en années. Plus de 80 % des postes proposés aujourd’hui dans l’hexagone sont à durée déterminée, sont des missions intérim ou des emplois aidés. Le CDI à vie est bel est bien en voie d'extinction. Et notre rapport au travail a changé.

Travailleurs pluriactifs

Travailleur pluriactif
Multi-salariat, portage, étudiant-entrepreneur, entrepreneur-salarié, télétravail, coworking, coopérative d’activités et d'emploi : d’autres formes d’activités et de tiers-lieux de travail apparaissent et les formules actuelles se diversifient pour combler les brèches. Tant les seniors que les jeunes diplômés se tournent, parfois par dépit, vers ces alternatives. Jonglant ou cumulant parfois l’un l’autre. Un rapport sur "l'emploi et le travail à l'heure du numérique", remis début janvier à la ministre du Travail Myriam El Khomri, tient justement à promouvoir et à favoriser ce cumul d'activités, tout en consolidant la protection sociale. Ces « travailleurs pluriactifs » sont à ce jour 4,5 millions ; soit 1 travailleur sur 7. Ce sont souvent des diplômés qui allient un métier de passion et un autre de raison (le fameux job alimentaire !). Faute de mieux pour 64 % d’entre eux. La future Loi Noé (« Nouvelles Opportunités Economiques ») devrait reconnaître leur existence et faciliter leur essor.


Le multi-salariat permet par exemple la possibilité de travailler « en temps partagé ». C’est ce que propose par exemple à Bordeaux CTP Guyenne. Tandis que dans des Groupements d’employeurs, tel que le Groupement d’Employeurs Aquitain, le salarié se met à disposition de plusieurs employeurs, via cette fois-ci un contrat salarié unique, qui trouvent leur intérêt à partager un salarié avec d’autres sociétés d’un même bassin d’emploi. Les groupements d’employeurs dans l’industrie, l’agriculture, l’artisanat se développent tout autant. Plus de 5 000 structures sont recensées représentant près de 35 000 salariés. Une petite révolution lorsque l’on songe au protectionnisme intra-entreprise et aux clauses de confidentialité encore présents dans certains contrats de travail jusqu’à il y a peu de temps. Un salariat alterné qui impose à l’employé de gérer au mieux son emploi …du temps. Ces modes de travail renforçant la stabilité contractuelle des salariés démontrent l’intérêt des entreprises pour une main d’œuvre flexible, disponible au gré des exigences de la structure.

Parfois décrié, l’intérim continue ainsi d’avoir le vent en poupe. Les effectifs intérimaires ont de nouveau augmenté au troisième trimestre 2015 (+16 400 emplois, soit une augmentation de 3,0 % ; après un pic à 20 100 au deuxième trimestre). Sur l’année passée, l'intérim a connu une hausse de 9,5 % par rapport à 2014. Afin de sécuriser les parcours des intérimaires, les agences intérim (qui cherchent elles aussi à se diversifier en s’octroyant la dénomination d’agences d’emploi) ont conçu le CDI intérimaire, censé apporter une stabilité financière et sociale, qui pouvait faire défaut. Cette innovation semble cependant peinée à faire ses preuves tant la nécessité pour celui qui en bénéficie de devoir accepter des postes inadaptés à ses envies semblent perçus comme une contrainte. La « liberté », même parfois jugée précaire, semble préférable à la contrainte. Au point que de nombreux actifs se tournent également aujourd’hui vers la voie de l’entrepreneuriat.

 

auto entreprise

 


Entrepreneur de soi-même
Près de 30 000 indépendants existent à l’heure actuelle en France. Les raisons d’entreprendre sont multiples. Bien sûr certains privilégient ces modes de vie car il laisse davantage de place à l’indépendance. Lassés de leur quotidien ou de ne pas trouver le sacro-saint CDI, ou licenciés après 30 ans de bons et loyaux services, ils se tournent vers eux-mêmes pour, proposer leur expertise, manager leur carrière ou être leur propre patron.
D’autres individus ne se complaisent pas forcément dans l’indépendance, d’autant plus lorsque celle-ci devient de la solitude ; d'où l'émergence de bureaux partagés comme c'est particulièrement le cas depuis quelques années à Bordeaux. Mais ils recherchent ainsi une nécessité de gagner leur vie et leur place dans la société. La Maison de l’Emploi parle ainsi de création d’activité plutôt que de création d’entreprise : « il ne s’agit pas forcément d’être responsable de nombreux salariés, de créer une multinationale ou de changer le monde ! Mais plutôt de se réaliser dans une activité permettant de subvenir à ses besoins ». Des permanences pour créateurs d'entreprises (gratuites et ouvertes à tous), notamment en phase d'amorçage de projets (c'est à dire en amont de la création, lorsque le porteur de projet n'est pas encore immatriculé) sont ainsi proposées chaque semaine par 2 conseillers en création d'entreprise de la Maison de l'Emploi, tout comme de nombreux ateliers.

 

Entrepreneur independant

 

Plus facile de trouver un client qu’un employeur ?
Le portage salarial est l’une des méthodes de mutation de l’emploi actuellement les plus répandues en France. Ce dispositif à mi-chemin entre salariat classique et régime indépendant, garantit une certaine couverture sociale tout en offrant la maîtrise de son temps de travail, le choix de ses missions et de ses clients. Nombre de quadras disposant d’expérience significative à transmettre y ont recours. Le président de la République François Hollande, lors de la présentation de son plan d'urgence pour l'emploi, a d’ailleurs clairement confirmé l’intention du Gouvernement de favoriser l’émergence du portage salarial. Prônant une nouvelle fois un assouplissement de ce régime, pour permettre à chacun de facturer ses services à des entreprises ou à des particuliers. Une forme d’activité apportant la possibilité de travailler en indépendant, tout comme le régime d’autoentrepreneur, mais permettant de conserver la même couverture sociale qu’un salarié.

L'économie participative, apparaît à son tour comme une alternative crédible pour entreprendre en toute assurance. Uber annonçait ainsi la création de 50 000 emplois en Europe en 2015. Dont plusieurs dizaines de milliers en France d’ici à deux ou trois ans, en particulier à destination de jeunes issus de la diversité. Ces nouvelles opportunités de business, qui court-circuitent les modes de vente et de distribution en privilégiant les rapports de particuliers à consommateurs, touchent de plus en plus de secteurs : des transports à l’hébergement, en passant par les loisirs/bien-être ou même la santé. Au risque toutefois d’entraîner une « déprofessionnalisation » de nombreux services, des pertes de revenus pour l’Etat (en raison des taxes non-collectées) et une disparité grandissante entre ceux qui possèdent des biens (un logement, une voiture) et font ainsi fructifier leur capital et les autres. Ces services constituent toutefois une opportunité de revenus supplémentaires pour de nombreux particuliers, tout en optimisant l’utilisation de nombreuses ressources (en association plusieurs passages dans un véhicule, en optimisant des livraisons, ...), dans une logique donc de développement durable. 

Développer et encadrer ces nouvelles opportunités économiques peut être une des solutions pour réduire le chômage, mais également pour favoriser l’insertion professionnelle des publics parfois éloignés de l’emploi. Tout le monde n’est pas toutefois en capacité de devenir son propre patron et il ne faudrait pas que cette autonomisation des parcours accentue les inégalités entre ceux qui pourront devenir entrepreneur de leur carrière, et d’autres, contraint de subir cet environnement concurrentiel. Ces nouvelles formes d'emploi et d'entrepreneuriat préfigurent toutefois un monde où chacun pourra, plus qu'auparavant, prendre son destin professionnel en main.

 

cooperative entrepreneur

 
Cet article fait notamment suite à la Grande Matinée des « Nouvelles Formes d'Emploi » dont une nouvelle édition aura lieu en juin à Bordeaux. Plus d'infos bientôt ...
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Mis à jour : vendredi 5 février 2016 12:09

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